|
Sera publié dans le Festshrift
publié en l’honneur du 30e anniversaire de
l’École de théologie évangélique de
Montréal.
Le défi de la « double
citoyenneté »
au 21e siècle
Une guerre civile en terre mennonite
On dit que les Chrétiens sont citoyens du Royaume
de Dieu. À ce titre, ils sont appelés à se
comporter comme citoyens du Royaume and et à lui
accorder toute leur allégeance. Mais force est de
reconnaître que les Chrétiens, de part leur
condition historique, détiennent également une
citoyenneté nationale bien temporelle qui elle aussi
exige un certain degré d’allégeance. Pour le
meilleur ou pour le pire, les Chrétiens possèdent
une « double citoyenneté ». Prétendre
le contraire, c’est faire violence à une des
réalités les plus fondamentales de
l’expérience du Chrétien. Le but de cet article
est d’explorer quelques implications de cette « double
citoyenneté » pour les Chrétiens qui vivent
dans des pays démocratiques comme les Etats-Unis ou le
Canada.
Puisque cet article est rédigé dans l’optique
d’un Festschrift célébrant les 30 ans
d’existence de l’École de théologie
évangélique de Montréal, une institution
affiliée aux Églises Mennonites, j’aborderai tout
d’abord cette question dans une perspective mennonite pour
étendre par la suite la discussion à l’ensemble
des dénominations chrétiennes.
Traditionnellement, les Mennonites au Canada et aux
Etats-Unis se sont généralement tenus à
l’écart de la politique active. Jusqu’au début
des années 60, les Mennonites favorisent surtout
l’agriculture, l’éducation et les professions
médicales. Mais à partir des années 70, ils
manifestent un intérêt plus marqué pour la
politique et l’activisme social. On invoque souvent trois
raisons pour expliquer cette évolution. Dans un
premier temps, les Mennonites délaissent graduellement
la campagne pour s’intégrer au milieu urbain. Dans un
deuxième temps, une idéologie favorisant
l’activisme politique émerge chez la classe
intellectuelle de l’Église mennonite au cours des
années 60 et 70. Le théologien mennonite John
Howard Yoder sera un des acteurs importants de cette
évolution.[1] Dans un troisième temps,
l’activisme politique qui s’enracine dans plusieurs
secteurs du mouvement mennonite est perçu comme un
levier essentiel pour la promotion de la paix et la
justice, un champ d’action maintenant
considéré par plusieurs Mennonites comme une
expression fondamentale de la foi
anabaptiste.[2]
Malgré les apparences, il serait une erreur de
croire que les Mennonites se rallient à un seul
pôle du continuum idéologique politique. Comme
dans le reste de la société d’ailleurs, les
Mennonites ont tendance à s’identifier soit avec la
gauche libérale, soit avec la droite conservatrice. En
fait, la communauté mennonite reflète la guerre
culturelle qui caractérise de plus en plus la
politique nord-américaine depuis les attentats du 11
septembre 2001, ou peut-être de manière encore
plus incisive, depuis le début de la guerre en Iraq en
Mars 2003.[3] Même si le discours demeure
généralement poli, le ton aigri ne laisse
aucun doute sur ce qui se passe dans cette
communauté. Les Mennonites d’une part et d’autre de
cette clôture idéologique ne peuvent
s’imaginer comment on peut tenir une opinion
opposée à la leur. Les Mennonites de gauche ne
cessent d’accuser leurs vis-à-vis de la droite de
se ranger auprès des évangéliques qui,
selon eux, confondent leur idéologie conservatrice
et leur foi chrétienne, particulièrement en ce
qui a traît au rôle de l’armée, la
politique américaine étrangère et le
rôle de la religion dans la société. Mais
il ne faut pas croire que ce terrible péché ne
soit le seul apanage des conservateurs. Les Mennonites
de la gauche souffrent eux-aussi de la même
indisposition. Les Mennonites politicés qui
rejettent tout identification avec les conservateurs
évangéliques adoptent fréquemment des
positions qui reflètent l’agenda idéologique
de la gauche. J’ai moi-même pu observer que dans
certains milieux, la distinction entre la foi
mennonite/anabaptiste et la gauche politique est parfois
très mince sinon inexistante.
Sur cette question les deux groupes ne sont
peut-être pas aussi différents l’un de l’autre
qu’on pourrait le croire à prime abord. Aux deux
extrémités du continuum, on confond volontiers
son idéologie avec la vérité toute pure et
la seule option des Chrétiens bien pensants. Si les
Mennonites de la gauche dénoncent haut et fort la
confusion religion et politique des évangéliques,
en bout de ligne ces Mennonites ne sont pas aussi chastes
qu’ils veulent bien le laisser croire. Si Jésus vivait
parmi nous, il ne fait aucun doute pour eux qu’il
s’assoierait à leur table. Il serait un fervent
partisan de Green Peace. Il marcherait dans toutes les
manifestations anti-guerre et il serait le fier
propriétaire d’une Honda Civic hybride!
Au cœur de l’idéologie des Mennonites de
gauche, on retrouve le langage de la
« fidélité » (« Laissez
l’Église être
l’Église! »).[4] Une expression dont le sens
précis est plutôt occulte mais à laquelle
on a régulièrement recours, un peu à la
manière d’une incantation magique, pour justifier
telle ou telle position. Leur liste de
priorités est aussi prévisible que le lever du
soleil à l’est: paix et justice
aggrémentés d’une bonne dose
d’anti-américanisme et une dénonciation
systématique et radicale de la politique
étrangère américaine. En ce qui a trait
au pacifisme, le saint Graal des Mennonites de gauche,
on n’hésite pas à faire valoir son point de
vue sur la place publique. Parmi les grands débats
de société qui retiennent également leur
attention, on notera les questions de justice sociale
(l’égalité entre les hommes et les femmes, les
droits autochtones et les droits des gays et
lesbiennes), l’environnement et le conflit
israélo-palestinien.
Fidèles aux impératifs de la gauche, ces
Mennonites démontrent peu d’intérêt pour
certaines problématiques éthiques. L’avortement,
le débat sur le mariage gay, la montée du
sécularisme radical et la haine croissante qu’on porte
envers le Christianisme conservateur reçoivent
beaucoup moins d’attention. Si on discute de temps à
autre le sujet épineux de l’avortement, c’est surtout
du bout des lèvres qu’on se prononce. On retrouve un
exemple évocateur de cette approche plutôt timide
et mitigée sur le site Peace and Justice Support
Network of Mennonite Church USA. Dans un document qui
semble à prime abord dénoter une opposition sans
équivoque à la pratique de l’avortement, en
accord avec une résolution arrêtée en
assemblée publique lors de la Conference 75,
on passe rapidement à quelque chose d’un peu plus
nuancé. Dans l’extrait qui suit, on explique pourquoi
il n’est pas bienséant de cultiver une position trop
dure sur l’avortement. L’argument timide qu’on propose
reflète bien la position que tient un certain nombre
d’intellectuels mennonites.
Le contexte de l’Église mennonite et de la
société en général a cependant
changé. Anna Bowman, une des deux femmes qui
siègent sur le comité, a expliqué que la
résolution de 1975 fut écrite « avant la
polarization pro-vie, pro-choix. Nous n’étions pas
aussi conscients du fait que les membres de nos
églises jouissaient d’une situation aussi
privilégiée. » En tant que travailleur
social, Bowman réalize que plusieurs femmes qui
choisissent de se faire avorter n’ont jamais appris à
faire des choix responsables indépendemment des hommes
dans leur vie, et ne bénéficient pas d’un soutien
adéquat en cas d’une grossesse non planifiée.
« En tant que dénomination, nous savons ce que
nous croyons, mais faisons face à une nouvelle
question : Avons-nous le droit de faire de nos croyances la
loi du pays, particulièrement lorsque certains ne sont
pas aussi privilégiés que nous?[5]
Cet extrait clarifie beaucoup de choses. Le vrai
débat ne tourne pas tant autour de ce que la
dénomination croit ou ne croit pas, mais bien sur la
question à savoir si un groupe religieux a le droit
moral d’imposer ses croyances sur l’ensemble des citoyens.
En d’autres mots, est-il convenable pour une église de
se prononcer sur la place publique sur une question comme
l’avortement. La réponse est clairement non. Dans ce
document qui est assez typique du discours éthique
attesté dans l’Église mennonite, on indique sans
équivoque que toute démarche visant à
influencer la société doit être
dénoncée comme étant coercitif, dominateur
et manipulateur : « l’affirmation violente de nos
droits »!6 Ce genre d’inflation rhétorique
a de quoi surprendre et dévoile en fait une grande
incohérence. Les scrupules évoqués en ce
qui a trait à l’avortement s’évanouissent
rapidement quand, à titre d’exemple, il s’agit de
s’opposer à « l’impérialisme
américain. » Les évangéliques de
droite, pour leur part, ne qualifient en aucune
façon leur activisme social et politique de
coercitif. Ils considèrent qu’il est tout à
fait convenant d’avoir recours à divers leviers
politiques pour parvenir à leurs fins.
Le débat idéologique qui sévit dans
l’Église mennonite n’est pas une réalité
unique à ce groupe religieux. Il reflète un
conflit culturel de fond qui fait présentement rage
aux États-Unis et au Canada.
Puisque le débat que je mets en lumière ne
relève pas seulement des Mennonites mais
préoccupent tous les Chrétiens, il est important
de repositionner cette discussion dans un contexte plus
large. La question est devant nous : Comment doit-on
aborder la problématique de la « double
citoyenneté » du Chrétien. Le but d’un tel
exercice est-il de déterminer un point
d’équilibre entre deux extrêmes? En théorie,
peut-être. Mais en pratique, l’approche dite
« équilibrée » s’avère bien
souvent aussi fuyante qu’un mirage. Plutôt que de
tenter de résoudre cette question en empruntant la
voie de « l’équilibre », je propose
articuler un modèle qui fournira un cadre
théorique à l’activisme social et politique dans
une perspective biblique. Mon espoir est que ce modèle
contribuera à réconcilier l’identité double
du Chrétien tout en évitant qu’on réduise le
tout à une idéologie de gauche ou de droite.
À ce stade-ci, il est important de préciser
que cet article s’applique tout d’abord aux Chrétiens
qui vivent dans les pays où prédomine un
véritable système démocratique et où
les droits individuels, le droit de propriété, la
liberté de parole et la liberté d’association
sont respectés. Je vise plus précisément la
situation des Chrétiens aux États-Unis et au
Canada, soit le continent nord-américain, car c’est le
contexte avec lequel je suis le plus familier et parce
qu’il s’y trouve un segment important de la population pour
qui cette conversation est critique. En d’autres mots,
à cause du poids démographique que les
Chrétiens représentent, c’est tout d’abord aux
États-Unis et en moindre mesure au Canada, que la
question est la plus pertinente et controversée.
À la recherche de valeurs universelles
Même si les Chrétiens considèrent la
Bible comme étant le point de référence
ultime pour l’articulation d’un modèle de conduite,
force est de reconnaître qu’il y a peu
d’unanimité quant au corpus précis qui
constituera le point de départ d’une telle
démarche. On pourrait imaginer amorcer une telle
recherche en invoquant l’Ancien Testament, mais si tel est
le cas, on doit s’assurer de ne pas comparer des pommes et
des oranges. Tout d’abord, il est important de
préciser qu’Israël était, à toutes fins
pratiques, une théocracie, un état religieux. On
avait un roi, mais ce roi devait être le
représentant de Yahvé, et l’alliance
sinaïtique, avec ses lois et ses stipulations, la
constitution d’Israël. Le roi d’Israël,
contrairement à ses vis-à-vis Égyptien ou
Mésopotamien, n’était pas au-dessus de la loi. Il
lui appartenait de faire respecter la loi et de s’y
soumettre. Ainsi, quand les prophètes d’Israël
condamnent le roi et la classe dirigeante, ils invoquent
comme argument la désobéissance à la loi. Ce
principe est particulièrement bien mis en
évidence en Michée 6,8 : « On t’a fait
savoir, homme, ce qui est bien, ce que Yahvé
réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la
justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement
avec ton Dieu. ».[7] Michée résume l’ensemble de
la loi par le biais de trois commandements : accomplir
la justice, aimer la bonté, marcher humblement avec
Dieu. Dans le contexte d’Israël, ces trois
injonctions sont parfaitement conséquentes, car
l’identité d’Israël est étroitement
liée à une divinité bien définie. La
justice et la bonté ne sont pas perçues comme
deux concepts indépendants l’un de l’autre; elles
étaient l’expression naturelle du caractère de
Yahvé et d’une loyauté exclusive envers
lui.
Mais bien que nous puissions être
parfaitement en accord avec l’appel du prophète, il va
sans dire qu’il ne serait pas approprié dans le
contexte de l’État sécularisé d’exhorter nos
dirigeants politiques à être fidèles envers
Yahvé ou Jésus-Christ. Ceci étant dit, nous
croyons néanmoins que l’appel à la justice et
à la miséricorde dans la littérature
prophétique demeure encore vrai pour aujourd’hui, car
cet appel reflète une certaine compréhension de
la personne de Dieu qui transcende la culture.
Même si les Chrétiens ne l’avouent pas
toujours ouvertement, ils croient également que ces
valeurs ne peuvent persister que si elles découlent
directement d’une croyance en un Dieu moral et personnel,
qui tient les hommes et les femmes responsables de leurs
actions. Si on ne peut légiférer la foi au Dieu
chrétien dans une société
sécularisée, ceux parmi nous qui oeuvrons pour la
paix et la justice reconnaissent que nous agissons ainsi
parce que nous croyons que ces valeurs dérivent de la
nature morale de Dieu, et qu’à ce titre, celles-ci
représentent des vérités absolues.
L’exemple qui suit met bien en évidence
ce principe. Bien qu’il soit aujourd’hui à la mode de
calomnier les Britanniques pour leur colonisation de l’Inde
au 19e siècle, il faut se souvenir qu’avant
l’arrivée des Britanniques la veuve indienne,
conformément au rite de la sati, était contrainte
de s’immoler sur le bûcher funéraire de son mari
pour y être incinérée avec lui. Ce n’est
qu’en 1829 que cette coutume barbare est abolie par les
Britanniques. Les membres du parlement britannique
qui décrétèrent la loi, et les officiers qui
l’exécutèrent sur le terrain n’auraient jamais
accepté, pas même pour un instant, qu’on puisse
légitimiser une telle pratique sous prétexte
qu’elle reflète la spécificité culturelle de
la culture indienne. Les parlementaires et les officiers
britanniques du 19e siècle auraient
énormément de difficulté à
déchiffrer le culte du multicultiralisme qui
prévaut maintenant dans les pays de l’Ouest et selon
lequel toutes les cultures, indépendemment de leurs
pratiques et de leurs croyances, sont mises sur un
même pied d’égalité. Malgré les vives
protestations des Hindous orthodoxes et malgré un
recours auprès du Privy Council d’Angleterre,
on rejette leur demande (heureusement pour les veuves!).
Pour les Britanniques, le rite de la sati représentait
une pratique immorale qui devait être abolie. La
préoccupation des dirigeants n’était l’imposition
de la foi chrétienne, mais de déterminer si oui
on non on pouvait sanctionner des coutumes qui
dérogeaient d’une loi morale qu’on considérait
absolue et universelle.
Nous dérivons de l’Ancien Testament un
certain nombre de valeurs morales que nous estimons avoir
une teneur universelle et qu’on considère donc vraies
et bonnes en soi peu importe le contexte culturel. La
valeur intrinsèque de chaque être humain (l’image
de Dieu), la notion de dignité humaine, la
défense des pauvres et la compassion pour les faibles,
et enfin, le rejet de la pensée magique et de la
superstition constituent le giron central de ces
vérités universelles.
Le Nouveau Testament, pour sa part,
contextualize les préceptes moraux les plus
fondamentaux de l’Ancien Testament; il en est le
prolongement logique. On dit souvent que ces préceptes
s’appliquent tout d’abord et avant tout à la
communauté chrétienne. Dans cette optique, nous
interprétons d’ailleurs le Sermon sur la Montagne
comme étant la chartre du peuple de Dieu. Je suis
foncièrement d’accord avec ce principe. Les
préceptes du Nouveau Testament s’adressent tout
d’abord aux croyants; ils ne sont pas loi pour tous.
Cependant, il demeure tout de même important de
signaler que si les injonctions morales du Nouveau
Testament reflètent le cœur de l’alliance
vétéro-testamentaire, et si nous acceptons le
principe que l’objet de la loi, c’est la promotion de la
vie,[8] il s’en suit que toute
communauté qui intègre ces principes les plus
fondamentaux de l’Ancien et du Nouveau Testament
devrait, du moins en théorie, en récolter les
bénéfices importants. En d’autres mots, nous
croyons que si une société adopte les
principles moraux attestés dans les Écritures,
celle-ci deviendra une société plus juste
où chaque individu sera en mesure de jouir de la
liberté. Si, d’autre part, une communauté
rejette ces valeurs et croyances que nous estimons
essentielles au développement d’une
société saine, cette société se
détériorera et ses membres en feront les
frais. On n’a qu’à penser à l’Allemagne nazie
ou, un plus près de nous, au régime
taliban!!
C’est à ce point que le dilemme éclate.
Peut-on justifier l’imposition de certaines croyances sous
prétexte d’un jugement de valeur religieux? Si la
majorité des Chrétiens s’oppposeront sans
équivoque à une telle hypothèse, bon nombre
soutiendront cependant que nous avons l’obligation
d’intervenir d’une manière ou d’une autre pour
influencer la société dans laquelle nous vivons.
Si nous acceptons la légitimité de la
deuxième hypothèse, d’un point de vue
chrétien, deux questions importantes se posent. La
première tourne autour de la question de
légitimité. Les Écritures fournissent-elles
un point d’appui à la notion d’intervention
chrétienne dans la société? La deuxième
question est liée plus précisément à la
place du religieux dans notre société. Est-il
possible d’imaginer un paradigme d’action chrétienne
qui maintienne et s’inscrive dans le cadre des fondements
épistémologiques de la connaissance moderne. Ou
en d’autres mots, comment pouvons-nous intervenir dans
l’évolution de notre société dans le cadre
d’une praxis qui soit fidèle à la
révélation biblique et intellectuellement
intègre.
Précédents bibliques
Il y a deux passages qui, je crois,
suggèrent une piste de réflexion
intéressante quant à l’activisme politique et
social du Chrétien. Le premier se trouve en
Jérémie 29,5-28, le deuxième en Romains
13,1.
Jérémie 29,5-28 se situe dans le
contexte de la communauté judéenne exilée
à Babylone. Durant cette période, les
Judéens espéraient toujours que leur séjour
en terre étrangère serait de courte durée,
et que Dieu leur permettrait de revenir en Terre promise
à plus our moins brève échéance. À
l’encontre de ces attentes, le prophète
Jérémie leur communique une directive
complètement inattendue. Il n’y aura pas de retour en
Terre d’Israël. Ceux qui ont été pris
captifs et amenés à Babylone y resteront pour au
moins soixante-dix ans. La tâche des Judéens
consiste maintenant à accepter l’avenir que Dieu leur
donne dans leur pays adoptif et de s’y établir. Non
seulement doivent-ils s’y installer, mais ils sont
fortement exhortés à rechercher le bien du pays.
« Recherchez la paix pour la ville où je vous ai
déportés; priez Yahvé en sa faveur, car de
sa paix dépend la vôtre” (29,7). Ce texte
souligne qu’il incombe maintenant aux exilés de
rechercher la paix et la prospérité de leur
nouvelle patrie. La raison offerte est très
pragmatique : « car de sa paix dépend la
vôtre ».
Ceux qui oeuvrent dans le cadre du
développement communautaire chrétien et les
pasteurs d’églises en milieu urbain évoquent
fréquemment ce texte pour inciter les Chrétiens
à s’engager dans les quartiers défavorisés.
Il va sans dire, à l’encontre de la situation à
laquelle Jérémie fait allusion, que ces
Chrétiens ne sont pas motivés par quelqu’espoir
de bénéficier personnellement de leurs actions.
Les responsables de ces ministères en milieu urbain
encouragent sincèrement les Chrétiens à
s’impliquer, non pas dans le but de s’assurer que les
croyants auront un endroit confortable où vivre, mais
parce qu’ils sont profondément convaincus que ce type
d’initiative constitue un reflet concret de l’amour de
Jésus-Christ.
La développement communautaire
chrétien vise à œuvrer au sein des
structures sociales d’un quartier afin d’y promouvoir le
renouvellement de la communauté. Si l’objectif ultime
de ce type d’initiative c’est de présenter la personne
de Jésus-Christ, le travail social et politique
effectué par ces intervenants ainsi que leur bonne
volonté ne dépendent aucunement du degré de
succès de leurs efforts d’évangélisation. Et
le travail qu’on y fait va bien au-delà de la simple
charité, du mentoring ou du coaching; on y observe
fréquemment des interventions politiques très
pointues. Même ceux qui manifestent une certaine
réserve relativement au volet évangélisateur
ne peuvent qu’applaudir ce genre d’action
chrétienne.[9]
Le deuxième texte auquel je souhaite
attirer l’attention du lecteur est Romains 13,1 :
« Que chacun se soumette aux autorités en charge.
Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu,
et celles qui existent sont constituées par Dieu
». À prime abord, il faut clarifier qu’il est peu
probable que Paul ait rédigé ce texte avec
l’intention de proposer un cadre conceptuel pour
l’activisme social. Ce passage se situe dans le contexte
d’une série d’injonctions qui vise en premier lieu
à fournir des instructions en ce qui a trait au
comportement chrétien. Paul désire simplement
exhorter les récipients de la lettre à vivre en
bons citoyens. L’objectif est très pragmatique : si un
chrétien doit être persécuté, qu’il ne
soit pas parce qu’il est un voleur ou un meurtrier, mais
pour la cause de l’Évangile.
Cependant, il faut avouer qu’il existe des
différences très importantes entre la notion de
soumission aux autorités dans le contexte du premier
siècle à Rome et celui du 21e
siècle en Amérique du Nord. Si dans la Rome
ancienne, les citoyens ont peu de pouvoir sur les
décisions publiques, les Nord-Américains, par
contre, jouent un rôle très important,
autant du point de vue de la formation du gouvernement que
des politiques qu’il décrète. Dans un
système démocratique le citoyen a la
responsabilité de participer activement au
développement de la société dans laquelle il
vit. Paul avait-il prévu les implications de cette
exhortation pour une société comme la nôtre?
C’est une question qui pourrait être longtemps
débattue. Mais il ne fait aucun doute que le principe
de la soumission aux autorités évoquée dans
une société gérée par des principes
démocratives implique nécessairement la
participation active du Chrétien dans le
développement de cette société, car une
telle obligation, du moins en principe, est explicitement
inscrite dans les mécanismes de fonctionnement du
système démocratique lui-même. Une telle
extrapolation de l’exhortation pauline est de plus
parfaitement compatible avec le principe de partenariat qui
est intrinsèque à la théologie biblique.
Dans le récit fondateur de la création, Dieu
mandate en effet les êtres humains à œuvrer
avec lui dans l’exécution de ses desseins (Genèse
2,15-17).
En quête d’un modèle intégré
Si nous acceptons la légitimité du
principe de l’intervention spécifiquement
chrétienne dans le milieu social, il faut maintenant
poser la question méthodologique. Ce geste social ne
doit pas seulement être légitime au sens
biblique, mais doit également s’insérer dans le
cadre épistémologique des sciences modernes et
respecter la distinction entre les structures de
l’État et celles de l’appareil ecclésiastique.
J’aimerais proposer une réponse préliminaire
à cette question par le biais d’une grille d’analyse
mise de l’avant par le grand sociologue
québécois, Fernand Dumont.
Fernand Dumont, décédé en
1997, était un des sociologues les plus prolifiques et
admirés au Canada. Auteur de nombreux livres et
articles sur l’épistémologie, les sciences
économiques, la sociologie, l’histoire, la
littérature et la philosophie des religions, Dumont
s’affichait également comme Chrétien engagé.
Cette observation peut sembler superflue, mais elle n’a
rien de banale dans le contexte québécois où
la plupart des intellectuels estiment qu’on ne peut à
la fois être un Chrétien engagé et un
scientifique. Si s’afficher publiquement comme
Chrétien aux Etats-Unis et au Canada anglais peut
parfois attirer le mépris de certains intellectuels de
gauche, au Québec, la classe intellectuelle, dont la
tendance est de calquer bêtement les attitudes de
leurs vis-à-vis français, cultive un profond
mépris voire une vive animosité pour le
Christianisme conservateur. C’est dans ce contexte
plutôt glacé que Fernand Dumont s’est
acharné tout au long de sa carrière à
démontrer qu’il n’y a aucune contradiction entre le
foi et la science.
Dans un article intitulé
« Après le système
chrétien »,[10] Dumont propose l’ébauche d’un
modèle théorique qui articule comment le
Chrétien peut agir dans une société qui
n’accorde plus un rôle formel à l’Église
sur la place publique. Il préface sa
présentation en rappelant au lecteur qu’il faut
maintenant considérer cette problématique
à la lumière des changements profonds qu’a
connus le monde occidental au cours du siècle
dernier. Il note que nous ne vivons plus, comme jadis,
dans un système confus « où on trouvait
pêle-mêle, …, l’Évangile et le
cléricalisme, la langue et la
foi… »[11] Nous ne résidons plus dans un
univers conceptuel qui exige qu’on se tourne vers Dieu
comme explication finale des phénomènes
naturels comme le tonnerre, les tremblements de terre,
les maladies, etc. La méthode scientifique qui,
malgré les assauts du post-modernisme, règne
encore là où ça compte, présuppose
que tout phénomène naturel peut être
soumis à la méthode empirique sans qu’on ait
jamais à avoir recours à l’intervention divine
pour rendre compte des mécanismes sous-jacents.
À première vue, on pourrait croire qu’un tel
paradigme réduirait le Christianisme au niveau du
simple folklorisme, mais pas nécessairement selon
Dumont. Il emploie la métaphore d’une maison à
trois étages pour définir le rapport foi et
culture, mais il précise qui s’il y a trois
étages, on parle toujours d’une seule maison.
L’étage supérieur :
L’aménagement rationnel du monde
L’étage supérieur représente
le lieu où le scientifique vit; c’est la sphère
de la pensée rationelle, de la science, de la
technologie et de l’organization. De part la nature
même de sa profession, Dumont note que c’est à
cette étage qu’il passe le plus clair de son temps.
« C’est une ambition sans limite que celle de rendre
compte de la cohérence de l’univers »,
écrit-il.[12] Ce qu’on ne peut expliquer n’est pas
mystère à laisser dans les mains de Dieu, mais
un nouveau lieu de recherche pour la raison.
Le rez-de-chaussée : La condition humaine
Sur ce palier on retrouve le type
d’intervention dont l’objectif premier est
l’amélioration de la condition humaine. Cependant,
Dumont précise que notre discours doit aller
au-delà de l’amélioration de la condition
générale de l’ouvrier, de la femme ou du pauvre.
Œuvrer à l’aménagement rationnel du monde
selon des principes de justice, de vérité et de
compassion doit viser l’amélioration des conditions de
vie des collectivités et des individus. Pour clarifier
ce que Dumont écrit, nous ne pouvons prétendre
œuvrer pour le bien de l’humanité et,
simultanément, participer à l’oppression de
certains groupes. Si, d’une part, notre société
recherche activement la cohérence de l’univers, elle
doit également viser avec autant de zèle à
favoriser l’amélioration de la qualité de vie
humaine. Au niveau du rez-de-chaussée, le croyant
partage avec l’incroyant la sollicitude pour l’autre mais
aussi l’incertitude des solutions requises pour
améliorer la qualité de vie des hommes et des
femmes. Comme Dumont le signale si judicieusement, la
problématique du deuxième palier si situe bien
au-delà d’un simple problème intellectuel. C’est
tout d’abord à cause de notre sollicitude pour des
personnes précises que nous oeuvrons pour le bien de
l’humanité.
Le soubassement : Au cœur de l’homme
Selon Dumont, on passe du
rez-de-chaussée au soubassement, ce palier que Dumont
identifie à la foi chrétienne et où nous
sommes confrontés aux profondeurs irréductibles
du cœur humain. C’est là, note-t-il, que nous
découvrons qu’il « existe un mal plus
fondamental, une insuffisance radicale de ce monde, un vice
secret de nos amours et de nos
fidélités ».[13] Dumont exprime une
réalité, pressentie autant par les croyants
que les incroyants, que quelque chose ne va pas au plus
profond du cœur humain. Comme si l’humanité se
trouvait « coincée dans un premier choix : un
choix que chacun de nous n’est pas libre d’effacer. Une
hypothèque que nous ne pouvons
lever ».[14]
Si la tradition chrétienne qualifie ce mal
fondamental de péché originel, elle ne
prétend pas pour autant l’expliquer. Nous constatons
sa réalité, c’est tout. Nous tentons tant bien
que mal de le décrire. Nous confessons son existence.
Nous le voyons à prime abord comme un défi
lancé à la face de Dieu lui-même. Mais avoir
la foi c’est croire qu’en Christ/Dieu, qu’en sa mort, sa
résurrection, nous trouvons la rédemption. Avoir
la foi, c’est croire que les hommes et les femmes sont
sauvés dans leurs amours et leur loyautés,
c’est-à-dire, dans ce qui les définit au sens le
plus profond. C’est à ce niveau que le message du
salut trouve sa plus grande pertinence et son importance
fondamentale.
Conclusion
Je réalise fort bien qu’on ne peut, en
ces quelques pages, articuler une réponse exhaustive
au dilemme de la « double citoyenneté » du
Chrétien, mais résumons les points saillants de
cette discussion.
* Les Chrétiens disent avoir reçu,
par le biais de la révélation divine, un
catalogue de vérités universelles qui
éclairent la réalité ultime en ce qui a
trait à Dieu, la nature humaine et le caractère
fondamental de l’univers physique. Parce que ces
vérités reflètent la réalité, les
Chrétiens mettent de l’avant l’hypothèse que les
cultures qui permettent à ces vérités
d’infuser leur vision du monde en profiteront à tous
les points de vue.
* Les Chrétiens ont la
responsabilité de rechercher le bien de la
communauté qui les entoure, non pas dans le but de
sauvegarder leur existence, mais comme manifestation de
l’amour de Dieu.
* Selon Fernand Dumont, cette interaction
avec le monde se manifeste à trois niveaux.
- À « l’étage supérieur » le
scientifique rend compte de la cohérence du monde.
À ce titre, le croyant et le non-croyant ont une
tâche identique. Les deux poursuivent le même
objectif et sont soumis à la même
méthodologie. Il est intéressant de noter que le
Chrétien aussi bien que celui qui ne l’est pas
poursuivent leur profession dans le contexte d’un
modèle cosmologique qui est foncièrement
judéo-chrétien, c’est-à-dire, un
système qui propose l’univers comme object empirique
et significatif.
- Au niveau du « rez-de-chaussée »,
Chrétiens et non-Chrétiens poursuivent des
objectifs qui transcendent la recherche de la
cohérence. Sur ce palier, l’action humaine vise
quelque chose de plus profond et de plus fondamental, soit
l’amélioration des conditions de vie humaine. Ceux qui
consacrent leurs efforts à la recherche sur le cancer
ne sont pas simplement en quête d’une méthode de
destruction plus efficace des cellules cancéreuses; ce
qu’ils recherchent c’est un moyen de guérir des
individus qui souffrent d’une maladie
dévastatrice.
- Dans le « soubassement », on retrouve un
lieu d’action qui est particulièrement chrétien,
et qui vise ce que Dumont appelle le « mal plus
fondamental ». Cette expression dénote une
affection grave de la nature humaine, un cancer de
l’âme. La tradition chrétienne qualifie ce mal de
Péché, une carence fondamentale engendrée
par un geste de désobéissance dans l’histoire
primordiale. La solution pour ce mal existentiel et
irréductible se situe infiniment au-delà de la
science, la médecine, la psychologie ou la sociologie.
Le seul et unique remède pour cette affliction
réside en une rencontre personnelle et libre avec
Jésus-Christ. La raison pour laquelle Dumont identifie
ce troisième palier à la sphère exclusive de
la foi chrétienne est liée au fait que le
diagnostique de cette maladie et sa solution sont
dérivés de la révélation biblique. La
déclaration de Dumont relève de la confession de
foi; on ne peut en vérifier l’exactitude ni par par le
biais de la philosophie ni par le biais de la science
empirique.
L’évangélisation et la mission
relèvent de ce troisième palier d’activité.
C’est là que les Chrétiens, les églises et
les organisations para-ecclésiastiques sont à
l’œuvre. Le geste et la parole
évangélisateurs constituent un exercise par le
biais duquel nous annonçons la Bonne Nouvelle :
l’amitié avec Dieu, la guérison du cœur et
le salut éternel. C’est un geste foncièrement
a-politique et non coercitif. On ne peut
légiférer la foi en Dieu, car accepter
l’invitation de Dieu et la seigneurie du Christ dans sa vie
est l’acte ultime d’auto-détermination. Par
définition, on ne peut imposer, ni par la loi ni par
la force, un tel choix. L’entreprise missiologique
relève de la parole persuasive motivée par
l’amour de l’autre. Comme Paul l’écrit : « Nous
vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous
réconcilier avec Dieu » (2 Co 5,20).
La responsabilité de partager la Bonne
Nouvelle avec ceux qui nous entourent relève de notre
statut de citoyen du Royaume de Dieu. Elle représente
un champ d’action dans lequel les Chrétiens doivent
être impliqués que l’État l’approuve ou non.
Quand les exigences de l’État contreviennent aux
impératifs du Royaume de Dieu, notre loyauté
envers le Royaume doit supplanter celle que nous devons
à l’État.
Évidemment, là où les
Chrétiens sont parfois en profond désaccord,
c’est sur le caractère de l’intervention
chrétienne qui se situe dans le cadre du deuxième
palier (le « rez-de-chaussée ») où
l’activité humaine porte son attention sur
l’amélioration des conditions de vie des hommes et des
femmes. À ce titre, il est important de clarifier
deux choses. Dans une premier temps, nous avons la
responsabilité, en tant que Chrétiens et en tant
que citoyens, de pleinement participer dans cette
sphère d’activité. Pour les Chrétiens,
l’objet de cette implication et la forme qu’elle adoptera
variera en fonction des priorités des organismes par
le biais desquels cette action sera effectuée. Mais
peu importe les différences idéologiques qui
existent entre les intervenants, il faut se rappeler que
toute action qui vise à l’amélioration des
conditions de vie humaine doit être applaudie. Au
niveau du principe, il n’y a pas vraiment de conflit entre
les deux citoyennetés.
Il est très important de souligner la
légitimité de l’activisme social. Même si
les Chrétiens ne sont pas unanimes quant à
l’idéologie qui les anime ou aux stratégies
qu’ils adoptent, il n’en demeure pas moins que dans la
mesure où on évite d’exploiter le pouvoir
politique pour imposer l’allégeance religieuse (comme
c’est le cas dans les pays musulmans!!), je suis d’avis que
nous jouissons d’une grande marge de manœuvre. Selon
ce principe, il est tout à fait légitime pour les
Mennonites de gauche de s’opposer à une intervention
militaire ou à la politique internationale
américaine. Selon ce même principe, il est tout
aussi légitime pour les conservateurs
évangéliques de faire valoir leur influence
politique pour restreindre l’accès à l’avortement
ou pour s’opposer au mariage entre personnes de même
sex. Que ce soit d’un point de vue philosophique, moral ou
théologique, je ne perçois aucune difficulté
avec l’activisme politique en autant qu’on qu’on maintiaint
la distinction entre les sphères d’activité
définies par les trois paliers évoqués par
Dumont. Suggérer que tout recours à des leviers
politiques pour promouvoir des « valeurs
chrétiennes » représente de facto un
abus de pouvoir, un geste coercitif ou un retour au
Constantinianisme est tout à fait absurde. En tant
« qu’étrangers » dans la ville et citoyens,
nous avons le mandat et la responsabilité de
rechercher le bien de tous. Cette responsabilité va
au-delà de l’engagement dans des œuvres de
charité; elle présuppose la nécessité
de défendre ces valeurs que nous considérons
comme bonnes. Si pour quelque raison, nous négligeons
de propager et de rechercher la vérité, la
fondation morale sur laquelle repose tout ce qui est bon
dans notre société subira une érosion
inéxorable qui laissera dans son sillon une
traînée de souffrance pour des
générations à venir.
Si les Chrétiens, indépendemment
de leurs convictions politiques ou religieuses, s’entendent
sur la nécessité de faire le bien autour d’eux,
ils ne seront pas nécessairement d’accord sur ce qui
constitute le bien, sur les objectifs de l’activisme social
et sur les méthodes. Certains s’identifieront avec la
gauche libérale et d’autres avec la droite
conservatrice. Ce qui est important, ce n’est pas tant de
mettre en question le droit de l’un ou l’autre groupe
d’intervenir sur la place publique, mais d’accepter tout
d’abord la légitimité des gestes consistant
à défendre et promouvoir les valeurs que les
Chrétiens considèrent être les meilleures
pour la société et le droit de faire appel aux
méthodes les plus efficaces pour atteindre leurs
objectifs.
Il va sans dire que l’approche
préconisée ici n’est pas sans comporter certaines
difficultés, mais la perfection n’est pas de ce monde;
toute action comporte des risques. Chaque choix ou
« non-choix » comporte des conséquences
bonnes et néfastes. C’est en vertu de cette
incertitude qu’il est impératif que les Chrétiens
s’engagent dans un débat de fond sur ce qui constitue
le bien et comment nous pouvons le promouvoir dans le
monde. Exprimer un tel souhait est peut-être un peu
naïf, un espoir irréaliste, mais un souhait qui
malgré tout mérite d’être
considéré, sinon pour nous, au moins pour ceux
qui nous entourent et les générations à
venir.
Pierre Gilbert
Professeur agrégé, Études bibliques
Canadian Mennonite University
Mennonite Brethren Biblical Seminary
1. John Howard Yoder, The Politics
of Jesus (Grand Rapids, Michigan: Eerdmans,
1972).
2. Leo Driedger et Donald B. Kraybill.
Mennonite Peacemaking: From Quietism to
Activitism (Waterloo: Herald Press, 1994). Voir
aussi John H. Redekop, “Mennonites and Politics in
Canada and the United States,” Journal of
Mennonite Studies I (1983):79-105. John H.
Redekop, “Politics,” dans The Mennonite
Encyclopedia (Scottdale, Pennsylvania; Waterloo,
Ontario: Herald Press, 1990), pp. 711-714.
3. Le chroniqueur George Jonas définit clairement
les termes de cette “guerre” idéologique dans son article: « The
Culture War’s Elected Peacemakers » National
Post, 31 mai 2004.
4. Voir par exemple Ben C. Ollenburger
et Gayle G. Koontz, eds., A Mind Patient and
Untamed: Assessing John Howard Yoder’s Contributions
to Theology, Ethics, and Peacemaking (Telford,
Pa: Cascadia Publishing House, 2004).
5. The situation in both the Mennonite
Church and society has changed, however. Anna
Bowman, one of two women on the committee, explained
that the 1975 statement was written, “prior to the
pro-life, pro-choice polarization. We weren’t as
aware that the members of our churches were in a
privileged position.” As a social worker, Bowman is
aware that many women seeking abortions have not
been taught to make responsible choices independent
of the men in their lives and do not have support
when caught in an unplanned pregnancy. “As a
denomination, we still know what we believe, but
face a new, different question: Do we have the right
to make our beliefs the law of the land, especially
when others aren’t so privileged?” Standing
Firm, (n.d.), retrieved August 16, 2006, from
http://peace.mennolink.org/articles/abortion.html.
6. «… the violent assertion
of our rights ».
7. Les citations bibliques sont
tirées de la Bible de Jérusalem,
1973.
8. Il est important de signaler que
l’expression les « Dix Commandements » en
hébreu signifie au sens littéral les
« dix paroles ». Ces « dix
paroles » ne sont pas données au peuple
pour leur rendre la vie difficile ou pour brimer les
libertés individuelles, comme on le pense
souvent. Le but premier des Dix Commandements
consiste à offrir un modèle d’organisation
sociale qui rendra possible le déploiement des
conditions nécessaires pour jouir pleinement de
la nouvelle liberté que le peuple a reçue
de Dieu. Le but de la loi n’est pas de juger le
peuple mais de promouvoir la vie. Voir Jean Duhaime,
«La loi de Moïse à l’heure de la
liberté », dans La Bible, livre pour
aujourd’hui (Éditions Paulines, 1982), pp.
7-25.
9. Pour plus de détails, voir par
exemple, John Perkins, Beyond Charity. The
Call to Christian Community Development (Baker
Books, 1993).
10. Voir « Après le
système chrétien », dans
L’incroyance au Québec (Fides, 1973),
pp. 221-227.
11. Dumont, « Après le
système chrétien », 223.
12. Dumont, « Après le
système chrétien », 224.
13. Dumont, « Après le
système chrétien », 225.
14. Dumont, « Après le
système chrétien », 225.
|